Spiritualité peule: Foroforoondu, déesse du lait, et de l’initiation pastorale

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La spiritualité traditionnelle peule contient un symbolisme extraordinairement fin. Il y règne une harmonie fondamentale entre les chiffres et les êtres. Cela révèle l’abstraction gigantesque et l’art grandiose dont disposaient nos ancêtres. On est frappé par la géométrie des symboles, intrigué par l’algèbre des correspondances, et la justesse des redistributions qui interpelle notre être entier. Dans cette harmonie règne Foroforoondu, la déesse de l’initiation pastorale peulh.

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Évidemment on est pas entrain de postuler sa perfection concernant la description de la nature, ni d’affecter une valeur de vérité même à ses plus beaux récits.

La spiritualités peulh, le Pulaagu, de son vrai sens et non de celui usité aujourd’hui sous forme d’une coquille renfermant des stéréotypes plus délirants les uns que les autres. Cet article n’est ni une analyse, ni même une présentation digne de ce nom, de la spiritualité du Pulaagu. On va faire qu’effleurer les concepts et le cadre sans aborder les détails les concernant.

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Tout d’abord, il faut comprendre que, contrairement au concordisme bien-pensant assez répandu, la spiritualité peule traditionnelle ne peut pas être mise en correspondance biunivoque avec l’Islam ou les deux autres monothéismes. Cela n’a été qu’une pilule d’urgence concoctée avec toute la partialité nécessaire pour être avalée d’urgence par une classe de personnes en recherche de palliatifs contre leurs tourments culturels. La spiritualité des peuls diffère de celles cités ci-haut par et son cadre et son contenu.

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Le Dieu du Peul traditionnel, appelé Geno ou encore Dunndaari, est défini comme étant seulement un principe précurseur de l’univers et non un intervenant à son déroulement ultérieur. Pour le Peul traditionnel Geno s’est débrouillé pour créer le monde. Il a crée le monde par le processus de la goûte-de-lait omnipotente primordiale qui donnera le bovin hermaphrodite duquel la nature sortira et évoluera. Il n’interviendra plus dans les affaires du monde qui en résultera.

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Ainsi, personne ne s’adressera à Geno pour l’invoquer ou l’interpeller ni par la pensée, ni par la prière. Des divinités ont émergé du processus de la création de l’univers par les concepts résultants des correspondances arithmétiques et la géométrie du cosmos. Du point de vue du Peul, les êtres non humains et la structure de la société originelle, feront office d’interlocuteurs mystiques.

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Ainsi un Peul ne prendra jamais son Jalaŋ (statue) pour son créateur, mais il l’invoquera pour des faveurs à l’ordre du jour. Pour exemple, le Joom maayo autrefois respecté et invoqué par tant de fidèles n’est pour autant jamais pris pour un créateur. Et ce, malgré le fait que des prosélytes, si ce ne sont des croisés, d’autres religions, par le subterfuge de l’homme de paille ou par une simple ignorance d’ailleurs, ont pris la liberté de redéfinir les contours moraux de ces divinités secondaires dans un cadre qui leur permettrait de ridiculiser tout un chef d’œuvre du symbolisme d’une beauté architecturale que les leurs peineraient à égaler.

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La spiritualité peule traditionnelle est un lieu d’initiation avant tout. La dévotion se relègue à l’arrière-plan quand l’instruction devient le but. Les trois textes principaux formant le trépied de l’initiation peule concernent les trois affaires qui règnent au cœur de la vie humaine : le savoir, le pouvoir et l’avoir. Une initiation complète est consacrée à chacune d’elles.

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L’ordre et l’équilibre subtile entre celles-ci sont dépliés minutieusement à travers les grands récits fondamentaux de Kaaydara, Kuumen et Laaytere. Des textes magistralement transmis par le vieux sage Amadou Hampâté Bâ. Le savoir, le pouvoir et l’avoir sont les fondements de la culture peule qui se manifestent dans toutes leurs dimensions.

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Foroforoondu est une déesse qui détient la science intriquée du lait et les formules du ngaynirka. Elle est par ailleurs l’épouse de Kuumen, détenteur suprême du savoir pastoral. Le Caanaaba quant à lui est le détenteur mystique du bovin. L’initié ne s’approche de son domaine avant d’avoir fait ses preuves en venant à bout de diverses épreuves plus coriaces les unes que les autres. Foroforoondu n’est pas du genre à plaisanter, elle est de caractère impitoyable avec les négligents qui ne connaîtraient pas les mécanismes sous-jacents aux principes des différents éléments de l’autel peul.

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Avec elle, il faut toujours être sur ses gardes quand on arrive à pénétrer son domaine. Elle, seule, par ses attributs tant physiques que spirituels, peut amadouer le redoutable bovin hermaphrodite qui garde la douzième clairière, celle de l’ultime savoir ! Foroforoondu ne te donne pas sa langue sans t’avoir passé un examen minutieux sur le savoir pastoral et des divinités du panthéon. Ce n’est qu’à la suite de cela qu’elle te fera goûter le liquide chargé et t’ouvrira les portes du septième soleil dont les rayons abreuvent de connaissances !

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La spiritualité donnait ainsi une place divine, pas celle qu’on proclame avec des mots creux mais celle correspondant au siège d’une divinité clé, à la femme. Foroforoondu-mère ne peut mourir sous les coups de la négation obscurantiste qui ont déjà eu raison de plus d’un de ses fils et de tant de ses filles. Puissions-nous trouver inspiration dans nos sources authentiques de philosophies de la vie !

Mouhamadou Sy