La péninsule arabique est-elle africaine?

Les Arabes originels étaient-ils vraiment africains? L’Arabie est-elle africaine?

Il est déjà établit que les Arabes qui nous ont transmit l’islam au 7ème siècle, y compris le prophète Muhammad (pssl), était un groupe à la peau noire. Tout le contraire de l’imagerie populaire véhiculée par l’iconographie musulmane, par les médias comme le film de Moustafa Akkad en 1976, The Message. Maintenant, un certain nombre d’observateurs contestent l’utilisation du terme «africain» pour désigner les Arabes noirs. Les «Africains d’Arabie». Certains, sans remettre en cause la «couleur noire» des arabes historiques, trouvent l’utilisation du mot «Africain» irresponsable.

“Géologiquement, l’Afrique comprend la partie de l’Asie que nous appelons maintenant la Mésopotamie, la Palestine et la Syrie… L’Arabie et le désert syrien ne sont que le prolongement des grands déserts de l’Afrique du Nord”.

Bien que cette critique puisse, dans une certaine mesure, être compréhensive, elle reste pertinente parce qu’elle est exacte. Les raisons sont simples: les données empiriques convergent de manière convaincante et montrent clairement que l’Arabie était à l’origine et continue à être aujourd’hui l’extension géomorphique, climatologique, phytogéographique (géographie végétale), zoogéographique (géographie animale), culturelle et ethnologique, l’extrémité nord-est du continent africain. On va appeler cette partie de l’Afrique, Afrabia. Les Arabes noirs font donc partie de la communauté africaine globale.

1- Afrabia, une extension physique de l’Afrique

William H. Worrell, dans son étude sur les races dans le Proche-Orient ancien (Cambridge: W. Hiffer & Sons Ltd., 1927) indique: “Géologiquement, l’Afrique comprend la partie de l’Asie que nous appelons maintenant la Mésopotamie, la Palestine et la Syrie… L’Arabie et le désert syrien ne sont que le prolongement des grands déserts de l’Afrique du Nord”. Des données plus récentes confirment les dires de Worrell. D.T. Potts, par exemple, dans son ouvrage, Le golfe Persique dans l’Antiquité, vol. I, de la préhistoire à la chute de l’empire achéménide (Oxford: Oxford University Press, 1990) , confirme: «À l’époque précambrienne (environ 590 millions d’années)… l’Arabie faisait partie de l’Afrique».

La tectonique des plaques a provoqué la rupture de la plaque arabe du bouclier africain, créant ainsi la mer Rouge.

L’environnement de l’Arabie centrale et orientale au cours du Miocène (environ 25 à 12 millions d’A BP) et du Pliocène (de 5,3 à 1,8 millions d’A BP) “a été qualifié de «luxuriant» et comparé à celui d’une «Savane tropicale», note Potts. Les preuves géomorphologiques suggèrent de fortes précipitations pendant le pliocène. À ce moment-là, comme le suggère Michael Rice dans son livre L’archéologie du golfe Arabo-Persique (Londres et New York: Routledge, 1994) 69: «L’Arabie aurait probablement ressemblé beaucoup à l’Afrique de l’Est maintenant».

L’Arabie reste aujourd’hui la continuation géologique et écologique de l’Afrique, malgré le clivage de la mer Rouge.

La tectonique des plaques a provoqué la rupture de la plaque arabe du bouclier africain, créant ainsi la mer Rouge. Comme l’explique l’Encyclopedia Britanica: «L’Arabie occidentale faisait partie de la masse continentale africaine avant la rupture de la croûte terrestre qui a entraîné la formation de la mer Rouge et la séparation de l’Afrique et de la péninsule arabique il ya cinq à six millions d’années. Ainsi, la moitié sud de la péninsule a une plus grande affinité avec les régions de Somalie et d’Éthiopie en Afrique qu’avec le nord de l’Arabie ou le reste de l’Asie.

Physiquement, la péninsule (arabe) fait partie de l’Afrique et est aménagée selon les mêmes processus géologiques et climatiques que le Sahara oriental et les hauts plateaux éthiopiens.

Néanmoins, l’Arabie reste aujourd’hui la continuation géologique et écologique de l’Afrique, malgré le clivage de la mer Rouge. Maurizio Tosi, dans son article intitulé «L’image émergente de l’Arabie préhistorique», Revue annuelle d’anthropologie 15 (1986): 461-490, confirme: «En général, l’Arabie est le prolongement du système africain traversant la mer Rouge, couvrant la région phytogéographique saharo-arabe comprenant ses parties nord et centrale et la région soudanaise pour ses côtes tropicales méridionales et orientales. Physiquement, la péninsule (arabe) fait partie de l’Afrique et est aménagée selon les mêmes processus géologiques et climatiques que le Sahara oriental et les hauts plateaux éthiopiens.

Une décision européenne de faire finir l’Afrique à la mer Rouge a radicalement désafricanisé la péninsule arabique… la tyrannie de la mer est en partie une tyrannie des préjugés géographiques européens.

En termes de géomorphologie et de climatologie, l’Arabie fait partie de ce que l’on appelle la «région saharo-arabe». Mais les preuves écologiques (phytogéographiques et zoogéographiques) indiquent également que l’Arabie est «l’Afrique de la mer Rouge». En 1982, Stacey International a publié son étude de la région approuvée par l’Arabie saoudite, notant: «Les cartes et les livres de géographie font de l’Arabie une partie de l’Asie, mais la vie végétale et animale confirme clairement la thèse selon laquelle c’est vraiment une extension de l’Afrique… La faune saoudienne est… un complexe d’espèces africaines… Les animaux et les plantes du nord et du nord-est de l’Arabie saoudite sont généralement proches ou identiques à l’espèce saharienne… »

La terminologie Afrabia est proposée et utilisée ici pour indiquer les anciennes relations culturelles, géographiques et historiques entre l’Afrique et l’Arabie et pour transcender la tyrannie de la mer Rouge

En termes simples, la péninsule arabique n’est en réalité que l’extrémité nord-est du continent africain, ce que la “tyrannie de la mer Rouge” occulte. Comme le note Ali Mazrui: «Une décision européenne de faire finir l’Afrique à la mer Rouge a radicalement désafricanisé la péninsule arabique… la tyrannie de la mer est en partie une tyrannie des préjugés géographiques européens. De même que les cartographes européens avaient décider que sur la carte du monde, l’Europe serait au-dessus de l’Afrique et non en-dessous (décision arbitraire par rapport au cosmos), ces cartographes ont également imposer l’idée que l’Afrique se termine à la mer Rouge au lieu du golfe Persique. N’est-il pas temps que cette double tyrannie de la mer et de la géographie eurocentriste coule au fond des mers?

La terminologie Afrabia est proposée et utilisée ici pour indiquer les anciennes relations culturelles, géographiques et historiques entre l’Afrique et l’Arabie et pour transcender la tyrannie de la mer Rouge. L’Afrabia tel qu’employé ici n’est pas le même que la région communément appelée «Arabie», c’est-à-dire l’Arabie saoudite. Ce dernier est défini par les frontières politiques européennes et wahhabites et exclut des régions telles que le Yémen au sud et le Levant au nord (Israël, Liban, Syrie, territoires palestiniens, Jordanie). Afrabia comprend l’ensemble de la région comprise entre la mer Méditerranée au nord et la mer d’Arabie au sud, c’est-à-dire toute la péninsule arabique et le Levant, que d’autres appellent «Asie occidentale», «le Moyen-Orient» ou «Proche-Orient». ”

2- Afrabia, une extension culturelle et ethnologique de l’Afrique

Afrabia est également une extension ethnologique de l’Afrique. Charles S. Finch, dans son article «La genèse du Nil: la continuité de la culture des Grands Lacs au Delta», dans Ivan Van Sertima (ed.), Égypte: Child of Africa (Nouveau-Brunswick et Londres: Transaction Publishers, 1994) 44. affirme: «Il est coutume de séparer le Proche-Orient de l’Afrique. Cependant, à la lumière des preuves néolithiques croissantes, il est peut-être plus correct de considérer les terres situées entre Khartoum au sud et le Tigre-Euphrate au nord comme constituant un large horizon pour la période allant de 10 000 à 5 000 av.jc. Ce large horizon était composé essentiellement d’éléments ethnoculturels «saharo-nilotiques». Les différences et les variations régionales étaient évidentes dans ce complexe culturel plus vaste, mais les relations technico-commerciales reliaient les différents groupes de cet horizon.

Il est donc plus vrai que ce qu’on appelle le Proche-Orient soit plus précisément considéré comme l’extension «Nord-Est» de l’Afrique, car géologiquement et géographiquement, c’est ce qu’il est réellement. Les premiers homininés de la péninsule arabique étaient des migrants africains. Des hominidés du Miocène inférieur (environ 17-14 millions de BP) sont similaires à ceux trouvés en Afrique de l’Est ont été trouvés en Arabie. En fait, l’Arabie était probablement le premier territoire atteint lorsque ces migrants sont sortis hors d’Afrique. Comme le remarque Michael D. Petraglia, la péninsule arabique était «une région géographique clé qui, sans aucun doute, a joué un rôle crucial dans les dispersions hors de l’Afrique».

Les villes les plus anciennes du monde, à côté de celles d’Afrique, devraient se trouver en Arabie

Ces migrants africains sont probablement entrés dans la péninsule par le sud au-dessus du Bab el Mandeb et par le nord à travers le couloir du Levant. Comme Norman M. Whalen et David E. Peace le soulignent dans leur article, «Les premiers hommes en Arabie», ARAMCO World 43: 4 (1992): 20, 23: «Que la migration (hors d’Afrique) se fasse par le nord ou le sud, il était nécessaire de traverser l’Arabie avant de continuer. Pour cette raison, les villes les plus anciennes du monde, à côté de celles d’Afrique, devraient se trouver en Arabie, qui occupe une position pivot sur le chemin de la première migration intercontinentale du bas Pléistocène… L’Arabie (est) la porte de l’humanité. ”

Par Wesley Muhammad, PhD.

Source: Wesley Muhammad, God’s Black Prophet’s: Deconstructing the Myth of the White Muhammad of Arabia and the Jesus of Jerusalem (Atlanta: A-Team Publishing, 2010)

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