Maha Abdelhamid, la voix noire venue du Magreb

Maha Abdelhamid est tunisienne, une noire de Tunisie précisons le parce que la couleur a son importance, dans cette partie du monde plus qu’ailleurs en Afrique. Elle est la co-fondatrice de la première association pour la défense des noirs en Tunisie. Elle est docteure en Géographie sociale à Paris X. Elle a écrit plusieurs articles sur la problématique du racisme en Tunisie. Ce qui est inédit dans le parcours de Maha, c’est une voix noire qui parle des noirs.

La voix libérée, des voix les plus étouffées en Tunisie. Elle est noire et arabe, musulmane et elle vient du sud. Entendre la voix de Maha et au-delà celles des noirs de tunisiens, est la chose la plus improbable de l’histoire de ce pays. Être noir et tunisien est un fardeau lourd, de par la volonté politique, sociale et culturelle de la tunisianité mise en place par le premier président Bourguiba.

Il existe des termes qui croisent notre existence, et qui s’y accrochent, mais ils ne sont pas taillés pour nous. Quand on décortique l’histoire du mot esclave qui est lié en apparence aux noirs on lui trouve d’autres origines qui pourraient nous laver de lui. Mais il existent des mots qui sont liés aux noirs dans le monde arabe, qui sont taillés, inventés, crées, martelés sur les noirs pour que jamais ils ne l’oublient, lui le Wassif, le Abd, le Kahlouche….Des mot qui ne s’interrogent que par des révolutions. Rien d’autre d’ailleurs n’aurait pu libérer la voix des noirs en terre arabe que la révolution. La voix des femmes des noires de Tunisie est encore plus révolutionnaires parce qu’elles vivent la violence des autres le mépris des siens.

C’est dans ce tumulte qui a secoué son pays qu’émerge la voix de Maha AbdelHamid. Elle remet en cause la notion de la tunisianité, de l’arabité et de l’africanité si chère au racisme. Si le Magreb semble vivre une grande crise d’identité, les noirs pourraient apporter une piste. Je suis africaine tunisienne, arabe et ces trois choses ne s’opposent pas dit-elle. Naitre noire dans un pays arabo-musulman, c’est vivre très tôt la discrimination du genre et de la couleur. Vivre dans un régime nationaliste qui étouffe les voix discordantes, c’est manquer de son histoire, et des mots pour se construire. Si on nait fille, noire arabe et musulmane, on est au bout de l’intersectionnalité, on est la victime des victimes.

Je me souviens d’une petite fille qui habitait dans le quartier où, avec un groupe d’étudiants mauritaniens on avait une maison. Quand on la croisait, son comportement dépendait du fait qu’elle soit accompagnée de petites filles blanches ou pas. Seule, elle répondait avec un sourire, nous regardait et se cherchait en nous. Nous sommes comme elle. Accompagnée, parfois ses copines la forçais à nous traiter de singe, et elle le faisait. Quand elles nous jetaient des pierres, elle faisait pareil, après tout ils sont tunisiens et arabes. Ce souvenir traduit assez bien la dualité identitaire que vivent beaucoup de noirs dans le monde Arabo-musulman.

La lutte de Maha s’inscrit dans la conscientisation du noir de sa condition, des non-noirs de leur racisme, et de l’état tunisien de sa responsabilité. Elle refuse le paternalisme, du «tais-toi et laisses nous parler pour toi.» Le silence a trop duré….

Le blog du griot a rencontré Maha lors du salon du livre de Genève en Mai 2019.

Leave a Comment

Your email address will not be published.